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Déjà vu

Je pose mon téléphone, je blêmis et éclate en sanglots.

"Présence de cellules anormales"

C'est sans ménagement et par e-mail que mon gynéco m'annonce que je dois passer une colposcopie pour vérifier que l'infection au HPV détectée n'est qu'un lésion de bas grade (pas cancéreuse).

Mais quel connard !

C'est lui qui m'a annoncé mon cancer en juin dernier, il connaît mon passif comment c'est possible de faire un truc pareil.

Quatre jours plus tard je décolère pas.

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Early menopause

"Et pour les effets secondaires ?"

"On verra"

Hahaha non vous me verrez plus.

Et hop je sors de la consultation avec mon oncologue à l'hôpital les yeux encore rouges de colère en pliant sèchement ma prescription dans ma poche.

Je me suis énervée comme j'avais encore pas osé dans cet hôpital.

Mais j'en ai ma claque de subir leurs protocoles de merde.

"J'en ai marre qu'on me paternalise, c'est ma santé et je suis pas une enfant"

Il a pas compris quand j'ai prononcé cette phrase en serrant les dents avec les larmes aux yeux.

"Mais je vous paternalise pas" qu'il m'a répondu.

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I will survive

« I’ve got all my life to live, and I’ve got all my love to give. And I’ll survive, I will survive, oh »

Et crac c’est en pleurant à chaudes larmes en entendant cette phrase à minuit que j’ai passé les premières minutes de 2026.

Je savais que le réveillon allait me faire quelque chose, que j'allais repenser à l'année dernière quand on m'a souhaité une "bonne santé" et que je savais pas ce qui m'attendait.

Et même si j'étais heureuse de clore cette année de merde, je savais que psychologiquement, ouvrir un nouveau chapitre vers une nouvelle année allait me faire peur.

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Retour à la case départ

"Votre traitement est terminé félicitations" - j'en ai chialé en sortant.

Une étape terminée, putain j'avance, je sors lentement mais sûrement de ce cauchemar.

C'est le jour d'Halloween je n'ai rien décoré, pas de déguisement, pas prévu de sortir, j'ai juste confectionné un costume de dragon à mon ptit bout pour sa journée au centre de loisirs.

En rentrant chez moi je découvre un e-mail de la rédaction de Marie Claire, pas contents que j'ai réagi en story au montage de mon interview sur leur compte, ils tentent de me faire passer pour malhonnête, et de leur avoir fait perdre leur temps et le mien.

Je ne me laisserai pas avoir, je leur répond.

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Octobre rage

Ça a commencé un soir au début du mois où j'ai cliqué sur le hashtag #octobrerose sur Instagram.

Qu'est ce que j'avais pas fait là...

Un camaïeu d'illustrations dégueulasses générées par IA pour promouvoir des concours, des packs de cosmétiques, des collections de bracelets rose, de bougies à la rose, de pensées "aux femmes qui se battent" au mieux maladroites au pire carrément gênantes.

De la récupération marketing en veux tu en voilà dans l'indécence la plus totale.

Sinon on nous bassine de récits transformatifs de femmes qui ont redécouvert la vie grâce à cette épreuve, qui courent des marathons, de modèles héroïques des bonnes malades en oubliant de dire qu'elles ont les moyens matériels et sociaux d'y parvenir.

Il faudrait transformer sa maladie en exploit, préférer la performance à la vulnérabilité.

Le cancer comme un cadeau emballé avec une saleté de ruban rose.

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Alors ça va mieux ?

Dans la mythologie grecque quand on descend en enfer et qu’on en revient ça a un coût important, et je ne sais pas encore ce que ça m’a coûté.

Quelle nouvelle version de moi même je vais être : plus anxieuse avec ce que j’ai vécu ? Moins anxieuse parce que ça m’a poussée à prendre ça vraiment en main ? Plus empathique ? Plus éloignée des autres pour me protéger ? Moins indulgente ? Plus indulgente ? Moins à l’écoute ? Plus à l’écoute ?

C’est une énigme qui m’accompagne chaque jour : la cicatrice ne sera pas seulement sur ma peau, elle sera dans ma manière d’être au monde.

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La connaissance

J'ai beaucoup beaucoup appris sur le cancer du sein ces 3 derniers mois et je dois dire qu'aujourd'hui avoir engrangé tout ce savoir m'aide énormément à rationaliser ma peur.

Je comprends comment fonctionne la maladie, les traitements, leur fonctionnement, leur utilité.

Je sais de quoi je dois avoir peur, ma peur n'est plus irrationnelle, mon esprit connait les signes à surveiller, sait où aller quand il y a un doute, je sais comment me rassurer.

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Le verdict

Je suis assise sur la table, bien droite, seins nus et jean baskets, je regarde l'interne et je lui dis que je ne bougerais pas de là tant que je n'aurais pas eu mes résultats.

Il a l'air bien embêté, me dit que seul un chirurgien peut me les donner, alors je lui réponds avec le sourire :

"Et bien allez en chercher un, je ne bouge pas d'ici, j'ai tout mon temps"

Ça fait 3 mois que j'attends systématiquement des jours voire des semaines de trop, à en perdre le sommeil, des résultats médicaux disponibles.

Aujourd'hui j'en ai marre.

Le premier résultat que j'attends pour savoir si je vais devoir faire de la chimio est arrivé, je le veux.

Et puis qu'est-ce qu'il va faire ? Appeler la sécurité pour qu'ils sortent une jeune femme de 45kg seins nus qui va faire un scandale dans la salle d'attente parce qu'elle réclame ses résultats disponibles ?

Je ne libèrerai pas cette salle d'examen tant que je ne les aurais pas, point.

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Les autres

"L'enfer c'est les autres" quand j'ai découvert cette phrase au lycée elle me parlait tellement.

Mon rapport aux autres a beaucoup changé depuis, et a pris un tournant inédit pendant la maladie cet été.

Voilà 3 longs mois que cette épreuve est pour moi une source d'observation inédite de mon rapport aux autres et que je constate que ça peut être un véritable catalyseur des relations humaines.

On n'est finalement pas toujours soutenus et déçus ou blessés par ceux qu'on attendait...

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Where is my mind ?

C'était d'ailleurs assez étrange cet été de faire ce parcours de diagnostic de mon cancer en parallèle de ce parcours psychiatrique, ça en dit long sur l'état de la santé mentale et sa prise en charge en général.

Pour comprendre au mieux ce cancer j'ai fait une mammographie, une échographie, puis une biopsie, une seconde échographie, une angiomammographie, une tumorectomie, puis il y a eu un bilan anapat de cette tumeur, et elle vient d'être envoyée en Californie pour qu'on analyse ses gènes et mon risque de récidive et l'utilité potentielle d'une chimio.

Que des techniques de pointe, des appareils impressionnant, des analyses ADN dernier cri et une analyse par Intelligence artificielle, c'est assez fou.

Pour diagnostiquer mon TDAH j'ai fait quoi ?

J'ai rempli un questionnaire. Point.

Pour me prescrire un traitement qui va modifier la chimie de mon cerveau réputé être l'organe de pointe de notre corps j'ai répondu à des questions.

C'est tout.

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