Menteuse

Ma mère avait bien tenté de me dissuader de mentir en me racontant l’histoire de Pinocchio mais tout ce qu’elle a obtenu c’est que je lui racontais des cracs en me cachant le nez…

Pas encore assez douée pour couvrir mes traces que j’étais.

En grandissant je suis devenue bien meilleure en mensonge.

Et qu’est ce que j’ai menti en grandissant pfiouuu.

Ça m’a parfois mis dans l’embarras comme je vous racontais là (deux mensonges tellement inutiles en plus) mais je dois dire que ça m’a beaucoup amusée avant que ça me passe à moitié.

Pour intégrer le mensonge à l’âge adulte comme un outil complètement social qui me sort régulièrement de bien des tracas, sans aucune honte, AUCUNE !

Une fieffée menteuse

Bon, enfant j’étais pas la menteuse du siècle vous l’aurez compris.

Mais jeune ado, je sais pas pourquoi je suis devenue une fieffée menteuse : j’étais capable de filer des mensonges avec plein de détails.

Pour imaginer des mensonges convaincants je partais toujours d’une histoire que je connaissais, soit une histoire personnelle que je modifiais, soit l’histoire d’un autre que je m’appropriais.

Je me les racontais en ajoutant des éléments plausibles et en cherchant les failles dans mon histoire pour les combler…

Je crois que je m’ennuyais beaucoup quand j’étais gamine et que les mensonges étaient une façon de m’occuper en m’inventant une autre vie.

Et puis à l’âge adulte j’ai découvert que mes parents étaient de sacrés menteurs donc quelque part je devais sûrement le savoir et les imiter.

Menteuse naturelle ou imitatrice ? Je ne le saurais jamais.

Je mentais comme je respirais dès que j’en avais envie, parfois pour en tirer absolument aucun bénéfice, juste pour le plaisir de berner mon prochain.

Je me souviens d’une après midi entière passée à la piscine avec ma soeur et une amie à elle où on a fait croire à tout le monde que j’étais sourde et muette.

Moi qui étais hyper bavarde j’ai pris un malin plaisir à ne RIEN dire pendant 6 longues heures et à échanger des signes qui n’avaient aucun sens avec mes complices.

Quel était l’intérêt ? A part me faire remarquer je ne sais pas trop à vrai dire.

C’était des mensonges souvent complètement inutiles.

Et j’étais capable de tenir bon pendant longtemps avec mes histoires.

Je me souviens d’une soirée d’anniversaire en famille où mon père avait loué une tour dans un château de la Loire (il est originaire de Tourraine, 3615 ma vie) où ça a viré au drame par ma faute et où j’ai menti pendant de longues années.

On répétait un petit spectacle avec ma soeur et mon cousin et en quittant la salle de la tour pour aller répéter j’ai machinalement fermé la porte à clé.

Toute l’assemblée s’est retrouvée enfermée pendant une heure et appelait à l’aide sans qu’on les entende (allô les 90’s, pas de portable).

Quand on a regagné la salle et qu’on a ouvert la porte, mon oncle en est sorti comme un diable de sa boîte en éructant et en hurlant sur mon cousin, présumant que c’était une mauvaise blague de sa part.

Pétrifiée par ce spectacle, je n’ai RIEN dit alors que je me souvenais avoir tourné la clé par inadvertance.

Ça a fichu un bordel… Mon cousin accusé à tort, tout le monde qui s’engueule.

J’ai nié pendant des années, je crois même que je n’ai jamais avoué que c’était moi.

Vous allez me dire que c’est pas un vrai mensonge, ma réaction était assez naturelle j’ai eu peur. Et c’est vrai.

Ne jamais avouer par contre pour moi c’est un gros mensonge et j’ignore pourquoi je ne l’ai jamais fait, ne serait-ce que pour mon cousin qui l’a jamais digéré.

Des histoires de mensonges comme ça j’en ai à la pelle, et je vais pas vous dérouler mon carnet d’anecdotes pendant des heures haha.

Voyons voir comment ça a évolué plutôt…

Mes mensonges d’adultes

Heureusement j’ai arrêté ces enfantillages, parce que ça ne m’apportait pas grand chose et que je pouvais risquer gros…

…enfin par gros j’entends se faire attraper pour un mensonge nul et se taper la honte (ce qui est suffisant pour me dissuader de recommencer ces conneries).

Donc fini les petits mensonges inutiles pour le plaisir.

Bienvenue mensonges d’adultes.

Mais c’est quoi les mensonges d’adulte ?

C’est pas une science, c’est mon idée des mensonges “acceptables” qui peuvent s’avérer utiles en bien des circonstances :

  • Le mensonge altruiste : un mensonge qu’on fait à quelqu’un pour lui épargner quelque chose (de la peine, de la douleur, de la honte).
  • Le mensonge Bree Van de Kamp (pour obtenir quelque chose avec le sourire en évitant un conflit)
  • Le mensonge social (pour gagner du temps)

J’ai compris à l’âge adulte que le mensonge était de toutes façons omniprésent dans notre société sans quoi la vie serait super pénible.

En psychologie sociale, on considère qu’il existe cinq motivations au mensonge : valoriser notre image, éviter les conflits, ne pas peiner notre interlocuteur, persuader quelqu’un afin d’en tirer un avantage, et enfin dissimuler ou justifier un manquement… 

Conséquence ? Nous mentons plus que nous ne le pensons. Une étude menée en 1996, Mentir dans la vie de tous les jours, concluait ainsi à deux mensonges par jour et par personne en moyenne.

Un résultat confirmé en 2002, lors d’une autre étude menée sur 242 personnes par les psychologues Felder, Forrest et Happ. L’expérience consistait à se faire rencontrer des participants, dont certains avaient pour consigne de se présenter sous un jour agréable ou de parler de leurs compétences : à l’issue des entretiens, ces derniers avaient menti davantage que ceux laissés sans consigne particulière… Mais en règle générale, 60 % des participants avaient menti entre deux et trois fois en l’espace de 10 minutes de conversation. Le résultat a surpris autant les chercheurs que les sujets de l’expérience. 

Source

Tenez combien de fois avez vous répondu “très bien” à la question “ça va ?” alors que ça n’allait pas du tout ?

On sait très bien que ce n’est pas une vraie question et on ne va pas déballer ses déboires du moment à toute personne qui nous pose poliment la question par simple convention sociale (je connais quelqu’un dont je suis pas très proche qui fait ça, plus jamais je lui demande si ça va maintenant).

Ça s’appelle avoir de la considération : prendre l’autre en compte c’est important en société.

Le mensonge est un véritable outil social.

Mensonge VS Hypocrisie

D’ailleurs, je suis là à vous raconter que je n’ai jamais eu aucune honte à mentir alors que par ailleurs je pense être quelqu’un d’assez franc et honnête.

Je suis incapable d’avoir des relations avec les autres par simple intérêt personnel et j’ai une sainte horreur de l’hypocrisie. On ne peut pas plaire à tout le monde et j’accepte sans soucis qu’on ne m’apprécie pas comme je ne fais semblant avec personne.

Je suis incapable de faire semblant d’apprécier quelqu’un, en général quand je n’aime pas quelqu’un je l’évite simplement.

Si un ami me demande un réel avis pour l’aider je lui réponds toujours avec franchise en restant constructive.

Et je n’ai pas de problèmes à faire des petits arrangements avec la réalité pour ne pas froisser les gens quand ça n’est pas utile.

Y a rien qui m’énerve plus que ceux qui se targuent d’être “vrais et natures” (ces gens qui peuplent les émissions de télé réalité) et qui ne sont en fait rien d’autres que des gosses qui ne réfléchissent pas avant de parler, qui disent tout ce qui leur passe par la tête même si ça doit blesser quelqu’un.

Je trouve ça puéril de penser que la franchise la plus brute en toute circonstance est une forme de pureté dans la vie.

On ne vit pas dans la jungle, on vit en société, faisons bon usage du mensonge.

Mes petits mensonges

Voilà quelques idées :

Par exemple voyez vous je déteste la mayonnaise, ça me dégoûte, j’ai une sainte horreur de ça. Découvrir que j’ai mangé de la mayonnaise dans un plat sans m’en rendre compte peut carrément me rendre malade a posteriori.

Une sorte de dégoût psychologique inexplicable, mais bien réel.

Dans les restos à chaque fois que je demandais s’il y avait de la mayonnaise dans un plat parce que je n’aime pas ça on me disait “non non” souvent sans savoir (en mode “elle me saoûle avec son histoire de mayonnaise, viens je m’en fous“). Et je me retrouvais avec de la p***** de mayonnaise dans mon assiette.

Résultat : au lieu de passer pour une relou à dire que j’aime pas ça, puis encore une relou à renvoyer mon assiette j’ai simplifié le problème avec un petit mensonge…

… Je dis que je suis ALLERGIQUE à la mayonnaise.

Et alors, là non seulement le serveur se sent hyper concerné à l’idée que je puisse tripler de volume et devenir violette pendant son service et par sa faute mais il va VÉRIFIER à la cuisine sans me prendre pour une emmerdeuse !

Voilà bim bam boum tout le monde est gagnant et on gagne du temps.

J’ai plus à me battre avec des gens qui ont décidé que mon problème n’en était pas un et tout le monde se porte bien.

Utilité du mensonge : 20/20

Je me souviens aussi quand j’ai commencé à travailler chez l’Oréal c’était l’enfer j’étais “sur la route” toute la sainte journée comme ils disaient, à faire la VRP pendant mes 6 premiers mois chez eux (c’est pour t’apprendre le terrain et la vie et que tu inventes pas des conneries une fois bien au chaud dans les bureaux).

Je passais donc toute ma semaine en région, loin de chez moi, à l’hôtel et je m’ennuyais ferme.

Pour survivre je choisissais toujours des hôtels qui affichaient avoir le wifi.

Mais bordel ça marchait 1 fois sur 2 et généralement les gens s’en cognaient royal en me disant “oui euh je sais pas j’appellerai un technicien après demain“.

Moi j’étais saoulée de me retrouver dans un hôtel pourri juste pour sa mention ✨WIFI ✨ si en fait y avait pas de wifi.

J’ai donc concocté un super mensonge qui marchait à tous les coups et je vous le répète sans honte :

“Monsieur j’ai vraiment besoin de votre aide, voilà je suis sur la route toute la semaine et le seul moment où je peux voir mes enfants c’est sur skype le soir avec internet (on était en 2006 tout passait sur ordi à l’époque), ma fille va être très malheureuse si on peut pas se voir il faut que vous m’aidiez à faire fonctionner le wifi”.

Et ce mensonge fonctionnait 100% du temps là où sans je me faisais gentiment envoyer promener.

Fini d’être désagréable avec le mec de la réception, il se transformait en chevalier blanc prêt à courir à la rescousse de ma petite famille avec un chaleureux sourire.

Non seulement j’avais le wifi, mais lui s’était senti super utile.

Merci bonsoir.

Le premier mensonge

Et puis comme souvent avec l’arrivée de mon fils je me suis amusée à l’observer pour voir quand il nous ferait son premier mensonge.

J’avais lu que ça arrivait à 3 ans mais j’ai constaté que ça pouvait être plus tôt.

Mon fils a horreur qu’on le change et un peu avant 2 ans il a commencé à répondre non quand on lui demandait si sa couche était pleine.

Premier mensonge donc pour une histoire de caca, pour se protéger d’un moment qu’il trouvait déplaisant.

J’attends de voir comment ça évolue, et je prends des notes dans mon calepin.

Je m’interroge aussi sur ce qu’on doit lui dire ou lui cacher, sur les mensonges qui sont utiles ou non avec lui.

Quand je lui raconte des histoires dans des livres il y a des éléments que je tais car je sais que c’est pas encore de son âge (j’ai lu que les histoires de loup qui font peur par exemple mieux vaut éviter avant 7 ans (source Catherine Guegen – Pour une enfance heureuse).

Je mens par pour éviter de le traumatiser quand il me demande pourquoi le capitaine crochet à un crochet je lui dis qu’il trouve ça plus joli (au lieu de lui dire que Peter Pan lui a tranché la main).

On s’est aussi pas mal posé la question avec mon mec du mensonge autour du père noël, pâques, la petite souris, etc…

Et on a décidé que ces mensonges n’étaient pas utiles et pouvaient potentiellement éroder sa confiance en nous.

Mon mec a hyper mal vécu ces mensonges quand il était petit donc comme notre fils a un peu sa sensibilité on a pris ça en compte.

Je lui lis un max de livres sans le père noël, quand il y en a un je le traite comme n’importe quel autre légende de ses livres, et quand il aura l’âge de trier la réalité et la fiction on verra comment on s’en débrouille.

Mais hors de question pour nous d’entrer dans toute forme de mise en scène (avec le verre de lait et les gâteaux pour le père noël) ou de lui raconter que le père noël va passer la nuit quand il dort (je connais mon fils ça va lui faire peur x1000).

Et c’est une question épineuse car dans ma famille on considère que c’est un pieux mensonge qui apporte de la magie et que ce serait dommage de priver un enfant de cette magie.

Il y a aussi beaucoup de gens qui se sentent vexés ou jugés quand je dis qu’on ne veut pas mentir à notre fils sur ce sujet (alors que chaque famille, parents, enfant, culture est différente on fait tous en fonction de tout ça).

J’essaie de placer le curseur sur tous mes petits mensonges dans la vie, s’ils sont utiles, s’ils font gagner du temps, évitent des peines aux autres, etc…

Avec mon fils c’est l’occasion pour moi de me poser plein de nouvelles questions sur le sujet, et comme toujours, c’est passionnant.

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